En août, la plaine est invivable pour un chien. Le goudron brûle, l'air ne bouge pas, et vous sortez à sept heures du matin ou à dix heures du soir.
Huit cents mètres plus haut, ce n'est plus le même été. C'est la vraie raison de monter en montagne avec un chien : pas le paysage, la température.
Ce que l'altitude change concrètement
Le sol, d'abord. Terre, herbe, aiguilles de pin, roche à l'ombre. Rien de tout ça ne stocke la chaleur comme un trottoir.
L'ombre ensuite. Les forêts de conifères couvrent une bonne partie des sentiers d'altitude moyenne, et les points d'eau sont fréquents : torrents, lacs, névés tardifs.
Et le terrain. Un chien qui découvre un massif ne fait pas la même sortie qu'un chien qui refait son parc. Les odeurs changent, le sol change, les traces changent. Une heure de montagne fatigue plus qu'une heure de ville, et pas seulement dans les pattes.
Où aller
Nous parlons de ce que nous connaissons. Ces trois massifs sont ceux que nous parcourons avec notre chien.
Les Alpes du Nord. Haute-Savoie, Aravis, Bauges, Vercors. Le réseau de sentiers est dense, les hébergements qui acceptent les chiens sont nombreux, et vous trouvez du dénivelé doux comme du terrain engagé à moins d'une heure de voiture l'un de l'autre. Attention en revanche aux itinéraires de haute altitude : éboulis, névés et passages câblés ne se font pas avec un chien, quelle que soit sa forme.
Le Jura. Le massif le plus sous-estimé de France pour marcher avec un chien. Moins fréquenté, plus forestier, moins raide. Les crêtes offrent des vues longues sans exiger mille mètres de montée, et l'ombre est presque continue. C'est notre terrain de proximité depuis le Pays de Gex.
Les Dolomites. Plus loin, et différent. Les refuges italiens sont souvent accueillants avec les chiens et les vallées permettent des boucles longues sans jamais quitter le fond, ce qui rend le massif accessible même sans expérience d'altitude.
Nous avons détaillé nos itinéraires ici : nos randonnées testées dans les Alpes, le Jura, la Suisse et l'Italie.
Où dormir
Vérifiez la politique de l'hébergement avant de réserver, jamais en arrivant. Beaucoup acceptent les chiens sous conditions : taille limite, supplément, pièces interdites. Un hébergement à proximité immédiate des départs de sentiers vous évite une heure de voiture chaque matin, et à votre chien une heure de coffre.
Le van. Vous dormez au départ de la randonnée et vous partez au lever du jour, quand il fait frais et qu'il n'y a personne. C'est l'option qui change le plus la qualité des sorties.
Le bivouac. Autorisé dans certaines zones, interdit dans d'autres, notamment au cœur des parcs nationaux, avec des règles qui varient d'un massif à l'autre. Renseignez-vous auprès du parc concerné, pas sur un forum. Prévoyez un tapis isolant pour votre chien : le sol d'altitude est froid et humide bien avant l'aube.
La voiture aménagée. La version simple, valable pour deux ou trois nuits. Le point de vigilance est la ventilation, pas le confort.
Ce qu'on emporte
- De l'eau, et une gamelle pliable. Les torrents ne sont pas tous potables, surtout en aval d'un alpage. Comptez votre eau pour deux.
- Une laisse qui supporte la boue et l'eau. C'est la pièce que vous sortez et rangez vingt fois par jour, et celle qui finit systématiquement par terre.
- Un harnais confortable. Sur une journée entière, un harnais qui frotte se paie en fin de parcours. Vérifiez le réglage avant de partir, pas au premier arrêt.
- De quoi le tenir long. Dans les zones où la laisse est obligatoire, une longe change complètement la sortie. Votre chien garde de la marge, vous gardez le contrôle.
- Des bottines de protection si le terrain est franchement abrasif, roche coupante ou névé dur. Elles s'essaient à la maison, pas au refuge.
La pièce dont parle cet article
Longe L'Exploratrice
De 3 à 13 mètres, poignée comprise. En sentier, le 3 ou le 5 mètres est le bon format : assez pour que votre chien renifle, assez court pour ne pas s'enrouler autour de chaque arbre. Sangle imperméable, coupée et assemblée dans notre atelier du Pays de Gex.
Voir les longesLa règle qui ne se discute pas. Une longe se clipse sur un harnais, jamais sur un collier. En montagne encore moins qu'ailleurs : un chien qui part sur une odeur et qui arrive en bout de longe s'arrête net. Sur un collier, toute cette force passe dans le cou.
Les troupeaux et les patous
C'est le sujet qui gâche le plus de randonnées, et il se règle presque entièrement en amont.
La montagne d'été est un espace de travail. Les alpages sont gardés, et les troupeaux sont protégés par des chiens dont c'est le métier. Un patou qui vient vers vous ne vous attaque pas, il vérifie.
- En zone de pâturage, votre chien est tenu. Pas de discussion, pas d'exception, même avec un rappel parfait. Un chien libre près d'un troupeau est lu comme une menace, et le patou fait son travail.
- Si un patou approche, vous ne courez pas et vous ne criez pas. Vous vous arrêtez, vous contournez largement, vous restez calme. Votre chien reste derrière vous.
- Vous ne caressez pas un patou et vous ne le prenez pas en photo de près. Il n'est pas là pour ça.
Sur la faune, la règle est plus simple encore : votre chien ne poursuit rien. Marmottes, chamois, oiseaux nichant au sol. Restez sur les sentiers, la flore d'altitude met des années à se refaire.
La chaleur, même en altitude
C'est l'erreur la plus courante : monter en montagne et croire le problème réglé. Entre onze heures et quinze heures, en plein soleil et sans ombre, un versant sud d'alpage est aussi chaud qu'une plaine.
Deux réflexes qui ne coûtent rien :
- Testez le sol avec le dos de la main avant de laisser votre chien marcher sur un parking ou une route goudronnée d'altitude. Si vous ne tenez pas cinq secondes, lui non plus.
- Partez tôt. Six heures du matin en montagne, c'est le meilleur moment de la journée, et de très loin. C'est aussi le moment où il n'y a personne.
Un chien qui halète sans s'arrêter, qui ralentit, qui cherche l'ombre à chaque pause ou qui refuse d'avancer vous dit d'arrêter. Vous vous arrêtez, à l'ombre, et vous lui proposez de l'eau. Si son état vous inquiète, la seule bonne décision est de redescendre et d'appeler un vétérinaire.
Ce que nous ne pouvons pas vous dire. Nous fabriquons de l'équipement, nous ne sommes pas vétérinaires. Tout ce qui touche à la santé de votre chien en altitude, effort supportable, âge, morphologie, traitements avant le départ, se décide avec le vôtre. Nous préférons vous renvoyer vers lui plutôt que d'écrire une phrase qui vous rassure à tort.
Trois questions qui reviennent
Peut-on partir plusieurs jours en bivouac avec son chien ?
Oui, à condition de vérifier la réglementation du massif concerné, qui n'est pas la même partout. Prévoyez un tapis isolant, une réserve d'eau réelle et un abri qui coupe le vent. La température chute vite après le coucher du soleil, et un chien mouillé qui dort au sol prend froid.
Que faut-il prévoir côté santé avant de partir ?
Cette question se pose à votre vétérinaire, une consultation avant le départ. Il connaît votre chien, son âge, ses antécédents, et il saura ce qu'il faut mettre à jour selon la région où vous allez. C'est la seule réponse sérieuse que nous puissions vous donner.
Un petit chien peut-il suivre en randonnée ?
La taille compte moins que l'habitude. Un petit chien qui marche régulièrement tient des distances qui surprennent. Prévoyez des étapes plus courtes, des pauses fréquentes, et un sac de portage pour les passages où il ne peut pas passer seul. Ce sac sert aussi si tout se passe mal, et c'est la vraie raison de l'emporter.
Ce que vous ramenez
Pas des photos. Une semaine où votre chien s'est levé avant vous tous les matins, où vous avez marché sans regarder l'heure, et où personne n'a rien demandé à personne.
C'est ce que la montagne fait de mieux, et ça n'a rien à voir avec le nombre de sommets.
N'arrêtez jamais de vous émerveiller.