La promenade devrait être le moment le plus simple de la journée. Pour beaucoup, c'est une traction continue : le chien devant, la laisse tendue, vous cramponné à l'autre bout, et personne qui profite de rien.
Première chose à poser, parce qu'elle change tout le reste : un chien qui tire ne cherche pas à vous dominer. Il tire parce que ça marche, ou parce qu'il est débordé. Dans les deux cas, c'est un symptôme, pas un caractère.
Les trois vraies raisons
1. Il n'a jamais appris à gérer son excitation
C'est la cause la plus fréquente, et la plus sous-estimée. Un chien qui n'a pas appris à redescendre, qu'il s'agisse d'envie ou d'inquiétude, est submergé dès qu'il passe la porte. Dans cet état, il n'est pas capable de vous écouter. Ce n'est pas de la mauvaise volonté, c'est un chien qui n'a plus accès à ce qu'il sait faire.
La laisse devient alors une barrière contre laquelle il pousse, sans stratégie.
2. Il a appris que tirer fonctionne
C'est le mécanisme le plus courant, et il se met en place sans que personne le décide.
Le chiot tire vers un arbre. Vous suivez, parce que c'est plus simple. Le chiot enregistre : quand je tire, j'avance. Répété deux fois par jour pendant des mois, c'est un apprentissage solide, et il devient plus puissant à mesure que le chien grandit et que sa force augmente.
Personne ne lui a jamais montré ce qui se passe quand la laisse est détendue.
3. L'environnement dépasse ses capacités du moment
Certains chiens sont plus sensibles au mouvement, aux odeurs, aux congénères. En ville, en forêt en pleine saison, dans un parc bondé, leur seuil est atteint en quelques minutes et la traction devient un réflexe qui précède toute réflexion.
Travailler dans un environnement trop chargé, c'est demander à un chien de réussir un exercice qu'il ne peut pas réussir. Le premier levier n'est pas la technique, c'est le lieu.
Le matériel : pourquoi pas le collier pendant l'apprentissage
On ne peut pas demander à un chien d'apprendre quelque chose de difficile pendant qu'il est mal.
Un collier, sur un chien qui tire fort, concentre toute la traction sur une bande de quelques centimètres autour du cou, exactement là où passent la trachée et les cervicales. Ce n'est pas une question de méchanceté du matériel, c'est de la mécanique.
Il y a aussi un effet moins connu : beaucoup de chiens poussent davantage contre une pression qu'ils subissent. Plus la laisse tire, plus le chien tire. Le collier, pendant la phase d'apprentissage, alimente souvent ce qu'il est censé corriger.
Un harnais répartit la traction sur le poitrail et le dos. Il ne règle pas le problème, aucun matériel ne le fait, mais il rend le travail possible sans que le chien apprenne dans l'inconfort.
La forme la plus recommandée par les éducateurs en méthode positive est le harnais en Y, dont les sangles contournent la base du cou au lieu de la traverser et laissent les épaules libres.
La pièce dont parle cet article
Nos harnais
Sangle Biothane Beta 520, coupée aux mesures de votre chien dans notre atelier du Pays de Gex. Conçus pour le confort, la répartition de la pression et l'attache de longe, exactement ce dont on a besoin pendant un travail de marche en laisse.
Voir les harnaisUne fois la marche en laisse acquise, le collier reprend toute sa place au quotidien. C'est une question de moment, pas de hiérarchie entre les deux pièces.
La méthode
Le principe tient en une phrase, et il est l'inverse de ce qu'on fait spontanément : on ne corrige pas la traction, on rend la laisse détendue payante.
Un chien apprend beaucoup plus vite ce qui lui rapporte que ce qui lui coûte. Tant que tirer avance et que marcher à côté ne produit rien, il continuera de tirer, quelle que soit votre fermeté.
Avant les exercices : laissez-le renifler
Ça paraît hors sujet, ce ne l'est pas.
Un chien qui n'a jamais le droit de s'arrêter et de renifler passe sa promenade à essayer d'atteindre ce qu'on lui refuse. Prévoyez une partie de la sortie sans exigence, en longe ou en laisse longue, où il choisit. Le reste devient beaucoup plus facile à obtenir.
Beaucoup de problèmes de traction se règlent à moitié ici, avant toute technique.
Exercice 1 : récompenser ce que vous voulez voir
C'est l'exercice principal, et c'est celui que personne ne fait.
Partez avec des friandises. Pendant la marche, à chaque fois que votre chien se trouve près de vous avec une laisse détendue, marquez-le d'un mot court et donnez. Même s'il n'a rien fait de spécial. Surtout s'il n'a rien fait de spécial.
Au début, ce sera toutes les cinq secondes. C'est normal. Vous êtes en train de lui apprendre qu'un endroit précis, à côté de votre jambe, produit des choses agréables. C'est une information qu'il n'a jamais eue.
Exercice 2 : l'arrêt immédiat
Dès que la laisse se tend, vous vous immobilisez. Vous ne tirez pas en retour, vous ne dites rien, vous attendez.
Votre chien va tirer encore quelques secondes, puis se retourner ou relâcher. Dès que la laisse se détend, vous marquez, vous récompensez, et vous repartez.
Le message est net : tirer arrête la balade, relâcher la reprend.
Exercice 3 : le demi-tour
Votre chien part devant et la laisse se tend. Vous faites demi-tour, calmement, sans le prévenir et sans à-coup.
Il se retrouve derrière et doit vous rattraper. Quand il arrive à votre hauteur, vous marquez et vous récompensez.
À utiliser moins souvent que l'arrêt. Un chien qui passe sa promenade à faire des demi-tours ne comprend plus rien et finit par ne plus rien tenter.
La régularité, et le silence
Ces exercices ne fonctionnent que si vous êtes constant. Si vous laissez passer une fois sur trois, vous n'apprenez pas au chien que tirer ne marche pas, vous lui apprenez que ça marche parfois. Et un comportement qui paye de temps en temps est le plus difficile à faire disparaître.
Taisez-vous, aussi. Répéter son nom, dire non, expliquer, tout ça ne fait qu'ajouter du bruit à un moment où votre chien ne traite plus rien. Vos actions parlent, vos mots non.
Dernier point : ces séances sont courtes. Dix minutes de travail réel valent mieux qu'une heure où vous finissez tous les deux énervés.
La longe pour consolider
Une fois les bases posées, la longe de 5 à 10 mètres permet de travailler dans de grands espaces en laissant beaucoup plus de liberté.
La règle qui ne se discute pas. Une longe se clipse sur un harnais, jamais sur un collier. C'est encore plus vrai avec un chien qui tire : à cinq ou dix mètres, un arrêt en bout de longe fait porter toute la force sur le cou. Sur un harnais, elle se répartit sur le poitrail.
La logique reste la même : la laisse se tend, vous vous arrêtez. La longueur donne à votre chien la place de se tromper et de se corriger tout seul, ce qui est exactement ce dont il a besoin à ce stade.
Sur la matière, une sangle enduite vaut mieux qu'une corde pour ce travail : elle ne boit pas l'eau, elle ne s'alourdit pas dans la boue, et elle se nettoie d'un coup d'éponge. Nos longes sont en Hexa, dont le relief hexagonal accroche la main y compris mouillée.
Nous avons détaillé la méthode complète ici : apprendre le rappel à son chien.
Quand ce n'est plus une question de méthode. Si votre chien tire en tremblant, en aboyant, en se figeant ou en se jetant vers ce qu'il croise, ce n'est plus de la traction, c'est de l'émotion. Aucun exercice de marche en laisse ne règle ça, et insister risque d'aggraver la situation. C'est le moment de faire appel à un éducateur en méthode positive. Et si le comportement a changé brutalement, un vétérinaire d'abord : un chien qui a mal se comporte différemment.
Ce qu'il faut retenir
Identifiez d'abord la cause. Un chien qui a appris que tirer marche et un chien débordé par son environnement ne se travaillent pas pareil.
Équipez-vous correctement. Un harnais pendant l'apprentissage, le collier ensuite.
Récompensez la laisse détendue au lieu de corriger la traction. C'est le seul point qui change vraiment les choses.
Et donnez-lui du temps de reniflage sans exigence. Un chien qui a eu sa part demande moins le reste.
Ça ne se fait pas en une semaine. Mais le jour où vous marchez côte à côte sans y penser, vous récupérez la promenade, et c'est un bon moment de la journée qui revient.
N'arrêtez jamais de vous émerveiller.